Siotankta, une flûte indienne
 

  Léonard Crow Dog raconte: Les jeunes guerriers Sioux sont fiers et intrépides, mais également timides et assez maladroits avec les filles. Et puis il faut dire que dans le cercle des tipis on est sous le regard de tous, alors que faire ?
Bien sûr il est possible de se trouver par hasard sur le chemin des belles lorsque elles vont à la rivière chercher de l’eau, d’échanger un regard signifiant, voire un sourire, mais la timidité des uns et des autres les empêche d’ aller plus avant.
Mais aujourd’hui les garçons disposent d’ un moyen très efficace pour faire savoir leur amour aux jeunes filles, et ce moyen est Siotankta, la flûte d’amour des Sioux. Je vais maintenant vous conter l’ histoire de l’ origine de Siotankta.
Un tout jeune guerrier avait décidé de tenter sa chance à la chasse, à un moment ou la viande commençait à manquer au village. Muni d’un arc et de flèches neuves, il marcha longtemps sans voir le moindre gibier. Le soleil était déjà bas sur l’horizon lorsqu’il aperçut un daim  broutant près d’un rocher. Aussitôt le garçon tenta une approche, mais le daim s’ éloigna en quelques bonds gracieux juste avant d’être à portée de flèche. Il ne disparut pas, non, il s’éloigna simplement. Une deuxième approche eut le même résultat, puis une troisième, une quatrième, tant et si bien que le garçon, au moment ou le soleil disparut se retrouva dans une forêt très loin du village. Cette fois le daim disparut.
Sans aucun plaisir, il se résigna à  passer la nuit sur place, le ventre vide, et avec des feuilles mortes pour couverture. Un étrange bruit le réveilla en sursaut au milieu de la nuit. Dans l’obscurité totale, il entendit, mêlé au vent, un chant mystérieux, envoûtant, qui l’émut au plus profond de lui-même et le tint éveillé jusqu’à l’aube.
Alors que bredouille et affamé il reprenait le chemin du village, il vit un pic vert perché sur un arbre. Il banda aussitôt son arc, engagea une flèche et tenta une approche; le pic s’éloigna. Le deuxième essai eut le même résultat. Mais qu’étaient donc ces animaux qui se laissaient approcher pour s’enfuir au dernier moment?
Soudain, le garçon s’immobilisa: il entendait à nouveau ce chant mystérieux qui l’avait réveillé, et cette fois, beaucoup plus proche! Le chant émanait d’un énorme cèdre rouge mort sur lequel l’oiseau était perché!
S’avançant, toute idée de chasse oubliée, il se rendit compte que les pics avaient creusé  le géant mort de milles tunnels, et que le vent s’engouffrant dans ces trous produisait ces sons si étranges. Il resta longtemps au pied de l’arbre à écouter et à réfléchir à ce phénomène.
Enfin, il se décida à rentrer au village et les jours passèrent. Mais l’esprit du jeune homme revenait sans cesse vers son aventure dans la forêt, vers ces animaux qui le guidèrent, vers l’arbre chanteur.
Un jour il alla en parler au sorcier du village et il commença une quête de vision. C’est à dire d’abord une purification dans la hutte à sudation avec le sorcier, puis une retraite solitaire en haut de la montagne pendant quatre jours sans boire ni manger.
Au quatrième jour, il reçut cette vision: un esprit lui apparut et lui révéla le secret de Siotankta. Aussitôt rentré, il prit ses outils, un morceau de cèdre rouge et se mit au travail. Personne ne le vit pendant plusieurs jours et lorsqu’il revint, il se dirigea directement vers le tipi d’une jeune fille très belle et  aussi très orgueilleuse. Il s’assit à côté du tipi et avec un étrange objet en bois de cèdre il produisit une mélodie dans laquelle, sans un mot, il exprimait tout son amour pour cette jeune fille qui le dédaignait. La fille qui était en train de manger délaissa son steak de bison et se leva d’un bond. Elle comprenait parfaitement ce langage et son cœur s’ouvrit...
Voilà l’histoire de Siotanka, la flûte d’amour des indiens Sioux
 

Histoires de sanzas

 

Il y avait Dieu, et il y avait l'imagination qui s'était endormie dans un coin de sa tête... Un jour, Dieu dit à l'imagination : Ah, je m'ennuie, je m'ennuie... Alors l'imagination dit à Dieu : Mais fabrique toi donc une sanza, comme ça tu ne t'ennuieras pas, quand tu en joueras, tu verras, tu ne t'ennuieras pas. - C'est vrai, lui dit Dieu ? - Mais comment ? Tu me demandes si c'est vrai, répondit l'imagination. Mais c'est toi qui m'as créée, tu dois savoir si c'est vrai ! Alors Dieu se fabriqua une sanza, et il se mit à jouer. Le premier son fit la lumière, et la lumière ce fut un soleil qui s'accrocha au ciel, d'où il ne descendra jamais plus... Et Dieu continua à jouer, s'enivrant de musique à tel point qu'à un moment donné il ne vit même plus ce qui se passait autour de lui. Or, chaque fois qu'il jouait une note, il y avait un être humain qui naissait ! Et c'est comme ça que Dieu a peuplé la terre, avec une sanza...

Il existe un instrument qui s’entend à peine, dont on joue en Afrique pour soi seul dans la hutte, ou en dehors sans gêner ni entraîner personne. Rudimentaire, archaïque, fabriqué apparemment sans règles, librement, par le forgeron du village, la sanza (c’est son nom), l’une jamais identique à l’autre, ne se prêtant à aucune mélodie un peu suivie, ne dépendant d’aucune gamme. Anarchique, Musique de murmure, l’inverse de la musique de compétition, de composition. Instrument pour rêveusement se soulager de tous les bruyants du monde. L’instrument de l’écoute individuelle. Voilà ce qui m’aurait convenu… 

Henri Michaux 

Quand quelqu'un joue de la sanza, étant convaincu de ce qu'il fait et sachant jusqu'où sa musique peut aller, c'est-à-dire jusqu'aux frontières de la métaphysique sinon DANS la métaphysique, il sait qu'il est en train de faire naître des enfants dans le monde et, parce qu'il touche à cette chose intangible qu'est le son, il sait qu'il devient immortel parce qu'il a réussi à toucher l'intangible. Et ça, ça a quand même une très grande valeur, même si toi tu n'y crois pas, même si le monde entier n'y croit pas, pour lui ça devient la vie !
Il faut que la musique soit la vie. Il ne faut pas que ce soit simplement de la musique à mettre en cassette ou sur disque, pour le commerce...

Francis Bebey

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